Monsieur,

Lors d’un entretien récent vous aviez marqué de l’intérêt à l’idée de conserver une mémoire, qui pourrait être artistique, des grands chênes de la route de Pregny, destinés semble-t-il à être abattus.

Ces arbres séculaires étaient déjà présents bien avant que les voitures existent. Leur bois conserve encore dans leur fibre l’empreinte sonore des calèches, des fiacres et des charrettes qu’ils ont vu passer. Ils sont les témoins toujours présents d’une époque révolue, références géographique et repères entre les générations.

Ces balises communales ancrées dans le tissus socioculturel des habitants sont-elles vraiment condamnées à disparaître prochainement sans autre forme de procès ?

Que ce soit en pratiquant une intervention in situ sur un ou plusieurs de ces fûts ou en les mettant en situation à un autre endroit de la commune, différentes possibilités sont envisageables afin de sauvegarder une partie de ces entités dans l’espace et dans le temps. Ainsi transformés, ils resteraient relais et témoins pour les générations futures.

Je vous saurais gré de bien vouloir faire part de cette proposition aux membres de votre commission culturelle, et s’il s’avère qu’elle retient une certaine attention c’est avec plaisir que je vous soumettrai un projet plus élaboré.

Restant à votre disposition pour tout compléments d’informations …

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Monsieur,

Suite à l’intérêt suscité au sein de la commission culturelle de votre commune par le projet de pérennisation des chênes de la route de Pregny, j’ai fait un relevé plus détaillé des arbres concernés afin de connaître leur potentiel. Il s’avère que la plupart d’entre eux seraient en mesure d’intégrer une réalisation artistique.

Quatre d’entre eux pourraient incarner cet ensemble, être leur mémoire, conservant dans leur fibres l’histoire du lieu et de leur époque.

Gardant à l’esprit l’importance du sens du partage et de la communication, du contraste entre le passé et le présent, des repères entre les générations, j’ai pensé que quatre éléments serait représentatif de ce choix.

Maintenir la présence de ces arbres sur le territoire de votre commune signifie prendre en compte leur rôle social, affectif et culturel, en faisant preuve d’urbanité. C’est leur reconnaître une certaine identité en leur permettant de garder en eux la trame essentielle de leur histoire, et par réflexion, un pan de la nôtre.

Cette intervention se veut un lien entre la nature, la culture, et les habitants.

Ce groupe de sculptures nous renvoie à l’universalité des quatre éléments considérés comme principes constitutifs de tout les corps, il évoque aussi l’espace et les saisons.

Chaque fût comporte trois niveaux qui structurent l'espace et le temps. Ils peuvent symboliser ces trois grandes étapes que sont la naissance, la vie, et la mort.

Douze marches s’inscrivent au total sur les troncs, trois par élément. Elles représentent le temps qui passe, les mois de l’année, le passage d’une vie à l’autre. Ce sont les marches du présent qui relient passé et futur.

Cet ensemble s’apparente aussi aux membres d’une famille. Les marches qui se découpent des fûts peuvent être alors perçues généalogiquement comme étant ascendantes ou descendantes, exprimant ainsi l’idée de lien et de filiation entre les gens et les évènements.

Esquisse_2.jpg

Témoins, repères ou balises, ces quatre entités alignées de préférence sur leur axe géographique d’origine poursuivraient leur parcours sous une nouvelle forme, et marqueraient de leur présence et de leur personnalité leur nouvel environnement.

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Pierre Jaggi, novembre 2009

Photo_Arbres.jpg Disposition_Arbres.jpg

Fiche Technique :

Quatre fûts de chêne d’un diamètre de 1 mètre environs sont dressés à la verticale.

Ils ont une hauteur qui varie entre 180 / 200 cm pour le plus petit et 500 / 550 cm pour le plus grand.

Trois marches identiques sont découpées au sommet de chaque fût.

Écorcés, différentes traces ou textures peuvent s’inscrire sur leurs flancs.

Ils sont fixés sur une grande ou plusieurs platines métalliques ancrées sur un sol stabilisé.