j'ai décidé, fin 1982, de retourner en Afrique de l'Ouest pour y apprendre les techniques traditionnelles du bronze à la cire perdue. Ces connaissances de base acquises, mes premières recherches portèrent sur l'enveloppement du corps humain. Puis le concept et la représentation du mouvement m'ont attiré, ainsi que l'essence du vide et sa mise en relation avec la matière. Ces attirances modifièrent certains aspects de mon travail. Ce besoin de dépouillement s'est traduit par la mise en formes de bandes ou de plaques se développant dans l'espace. Ces empreintes, bronzes où céramiques de nature anthropomorphes, furent pour moi un moyen d'exprimer des sensations telles que l'élan, l'envol ou le vertige. Du corps lui-même il ne subsista que l'idée, la présence au travers du vide, l'épurement des lignes s'orientant vers l'abstraction.

Par la suite, mes recherches plastiques m’ont amené à utiliser des matériaux variés, tels que le bois, le métal, la terre, la pierre, le cuir, le carton, la peinture, l’encre ou le papier. Depuis quelques années je travaille avec des galets que j’intègre dans mes œuvres. Je les assemble, les insère dans le bois ou le fer, les accorde en mobiles ou les monte sur ressort, les accumule, les amasse, les amoncelle, les groupe, les empile ou les entasse lors d’installations. Parfois patiné ou peint, le galet, matériau de la nature, est l’un de mes compagnons d’atelier. Avec le bois et le métal ils sont sources d’inspiration et leitmotivs de mes travaux récents. La toile, la cire et les pigments les accompagnent.

L’incitation au questionnement fait partie de ma démarche, elle implique échange et partage. Culture, expériences sociales et écologie y sont étroitement liés et débouchent sur des projets ou réalisations qui s’élaborent au fil des événements et des rencontres. Ouvrir des espaces de créativité, dans lesquelles on peut se mouvoir et s’exprimer, c’est donner du sens à l’usage, c’est développer l’usage des sens. Rentrer au contact d’un lieu au travers d’une œuvre, s’intégrer, s’imbriquer, « faire partie du paysage », c’est aussi se solidariser avec son environnement et avec ses semblables.

Pierre JAGGI