galets-lettres envoyés par la poste, galets peints ou patinés, galets-mobiles à la manière de Calder, galets empilés dans des structures métalliques ou incrustés dans le bois ou le fer. Pierre Jaggi assemble des objets et des matériaux variés ; il cuit la terre depuis qu’il vit près de la Borne. Son exposition présentera une installation au sol de galets en céramique. Ce chemin de «pierres cuites» est constitué de volumes aux formes, dimensions et matières différentes. Pierre Jaggi a utilisé plusieurs terres et les à cuites dans plusieurs fours à bois autour de la Borne et en Puisaye afin d’obtenir des terres brutes uniques. Certaines pièces n’ont pas été cuites. Leur surface douce, grise, nuancée, ne trahit pas leur état. Ce conglomérat de poussières montre un aspect de l’argile plastique, résultat de la décomposition des roches, alors que les «pierre cuites», redonnent à l’argile l’état minéral de sa lointaine origine. Si l’ensemble des galets est très séduisant, chaque pièce est une œuvre unique. Et certaines, posées sur un socle, démontrent qu’elles peuvent faire oublier la référence au galet. Le socle apporte le statut d’œuvre d’art en donnant à la pièce la position habituelle de la sculpture classique. L’élévation crée une rupture avec le sol et un contexte qui semblait plus naturel. Il ne faut pas enfermer le visuel dans l'idée première du galet, mais il faut chercher à voir le volume abstrait, sa peau, sa couleur ou l'espace de sa matière pour lui-même. Cette lecture en est facilitée par le nombre de pièces qui, dans leur confrontation, montrent leur différence. Le temps, la nature, l'illusionnisme, la construction abstraite du volume, ses écarts à la géométrie, le plein et le vide, sont d'autres angles d'approches des œuvres. Un nouvel axe de la démarche se découvre sur les murs de la galerie. Des toiles blanches accrochées sans cadre proposent une série d'empreintes réalisées avec des terres et des pigments. Lors de la fabrication de ses galets, Pierre Jaggi étale ses plaques sur un tissu qui reçoit les marques de la terre humide. Ce disque parfait est enrichi d'une composition de motifs abstraits ou de traces de pinceaux répétitifs. Bien qu'en opposition totale avec les céramiques - style, matière, présentation - les toiles sont issues de la même démarche et se présentent comme une complémentarité cohérente. Dans notre société où la vitesse est obligatoire, l'artiste nous offre une grande respiration calme et régénératrice.
Nicole Crestou
Du 7 août au 12 septembre, Centre de Création Céramique, La Borne.

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