article_24heures.jpgSCULPTURE. Dix caddies lourdement chargés de galets s’élancent vers l’horizon sur l’esplanade de Montbenon. Ils ont été alignés à la boussole et, du Palais de justice, tracent un axe imaginaire jusqu’en Antarctique. Ils sont accompagnés de deux cônes à hauteur d’homme dont les bras métalliques et mobiles soutiennent d’autres pierres lisses. L’œuvre, intitulée Nord/Sud et signée Pierre Jaggi appartient à l’opération Espace d’une sculpture que Visarte (la société des artistes visuels et architectes vaudois) anime à montbenonet aux Terraux, à Lausanne, à la place des Droits-de-l’Homme, à Yverdon-les-Bains, et à la Ferme du Manoir, à Nyon.
L’installation surprend tous les âges. « C’est curieux, ces pierres dans ces chariots, comme s’ils sortaient du Tribunal » remarque Cleyton (25 ans). « Je me demande ce que c’est, s’exclame Inès Quirici, Tessinoise depuis cinquante et un ans à Lausanne. Ces silouhettes vont-elles faire la course avec ces cailloux ? » La réponse se trouve sur place. Dans son texte, le sculpteur écrit notament : « Cette procession minérale exprime l’esprit de justice magnifié par ces galets qui symbolisent les tables immuables des lois de la nature. »

LES GALETS SERONT COLLÉS

Certains s’indignent en passant : « Ils ont payé combien pour mettre ça ? » On leur répondra que l’artiste bénéficie d’un défraiement de 500 francs. Mercredi matin, les caddies ont failli être embarqués, car la police du commerce n’avait pas été avisée assez tôt de l’opération. « Tout est rentré dans l’ordre, dès qu’ils m’ont téléphoné, reconnaît le sculpteur Etienne Krähenbühl, responsable de l’opération. J’admets avoir pris du retard. » Sachez encore que, pour des raisons de sécurité, les galets finiront collés dans leurs caddies.
Genevois d’origine, Pierre Jaggi (45 ans) est un sculpteur autodidacte que ses nombreux voyages autour de la planète ont ouvert aux problématiques de la répartition des richesses. Il lie l’usage des galets aux signes de piste et aux messages ethniques.
Michel Rime